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Tradition des Druides      Clairière Sequana

La place de l'arbre... réflexions

La place de l'arbre... réflexions

Quelques extraits concernant la place de l'arbre, de Mircéa Eliade dans le« Traité d'histoire des religions »

Tout est signe. Tout devient symbole. Le signe renvoie à une autre réalité que lui même. Le symbole éternise le signe. Ainsi l'arbre s'est il mué de toute éternité en signe de vie et de symbole du monde.

Le Cosmos vu sous la forme d'un arbre géant se retrouve dans d'innombrables traditions. La représentation mythique la plus claire de cet arbre cosmique se trouve sans doute dans les antiques Eddas scandinaves, écrits aux XIè et XIIè siècles.

Ainsi s'exprime la prophétesse Völuspa :

« Je me rappelle les géants nés à l'aube des temps,

Et ceux qui m'ont donné naissance.

Je connais les neuf mondes,

les neufs sphères couvertes par l'arbre du monde,

L'arbre planté dans la sagesse qui s'enfonce dans le sein de la Terre.

Un frêne m'est connu sous le nom d'Yggdrasil,

Grand arbre ruisselant d'une eau blanche d'écume qui retombe en rosée dans les vallons ;

Tel il se dresse, toujours vert, auprès du puits d'Urd »

Par quelle synthèse mentale de l'humanité archaïque, et à partir de quelles particularités de la structure de l'arbre comme tel, un symbolisme si vaste et si cohérent s'est il établit ? […]

Il est certain que, pour l'expérience religieuse archaïque, l'arbre (ou plutôt certains arbres) représente une puissance. Il faut ajouter que cette puissance est due aussi bien à l'arbre en tant que tel qu'à ses implications cosmologiques.

Pour la mentalité archaïque, la nature et le symbole coexistent. Un arbre s'impose à la conscience religieuse par sa propre substance et par sa forme, mais cette substance et cette forme doivent leur valeur au fait qu'elles se sont imposées à la conscience religieuse, qu'elles ont été choisies, c'est à dire qu'elles se sont révélées.

[…]

On ne peut parler proprement du culte de l'arbre. Jamais un arbre n'a été adoré rien que pour lui même, mais toujours pour ce qui, à travers lui, se révélait, pour ce qu'il impliquait et signifiait. […]

Ainsi, c'est en vertu de sa puissance, c'est en vertu de ce qu'il manifeste – et qui le dépasse – que l'arbre devient un objet religieux. Mais cette puissance est, à son tour, validée par une ontologie : si l'arbre est chargé de forces sacrées, c'est qu'il est vertical, qu'il pousse, qu'il perd ses feuilles et les récupère, que par conséquence il se régénère - il « meurt » et « ressuscite » d'innombrables fois.

Mais ce n'est qu'à la suite de sa subordination à un prototype, dont la forme n'est pas forcément d'ordre végétal, que l'arbre sacré acquiert sa véritable validité.

C'est en vertu de sa puissance, autrement dit c'est parce qu'il manifeste une réalité extra-humaine qui se présente à l homme sous une certaine forme qui porte fruit et se régénère périodiquement, qu'un arbre devient sacré. Par sa simple présence – la « puissance » - et sa propre loi d'évolution – la « régénération » - l'arbre répète ce qui, pour l'expérience archaïque, est le cosmos tout entier. L'arbre peut sans doute devenir un symbole devenir un symbole de l'Univers, forme sous laquelle nous le rencontrons dans les civilisations évoluées. Mais pour une conscience religieuse archaïque, l'arbre est l'univers, et s'il est l'Univers, c'est qu'il le répète et qu'il le résume en même temps qu'il le symbolise. [...] »

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