« Flora Armorica ». Derrière cette appellation quelque peu mystérieuse se cache un réseau breton spécialisé dans la botanique. « Notre objectif est de remettre au goût du jour les relations qui existaient entre l'homme et les plantes, en termes de croyances, d'usages médicinaux ou culturels », précise Viviane Carlier, salariée de l'association Skol Louarnig, l'une des trois structures qui porte le projet. Organisé en cinq pôles répartis sur le territoire du Centre Ouest Breton (COB) dans les communes de La Feuillée (29), Carhaix (29), Coray (29), Bulat-Pestivien (22) et Guémené Sur Scorff (56), Flora Armorica regroupe une quarantaine de bénévoles, aux compétences diverses: « il y a des informaticiens, pour créer des bases de données, des bibliographes qui font des recherches documentaires, et bien sûr des botanistes », détaille Viviane Carlier.
Un fort potentiel botanique breton
La quarantaine de bénévoles mène un travail d'enquête et de collectage auprès de la population. « Ils interrogent leurs connaissances personnelles, leurs proches, la famille. Certains vont également dans les maisons de retraite », affirme la salariée de Skol Louarnig. « Nous étions également présents le 7 novembre dernier sur le marché de Braspart (29), pour enregistrer des témoignages d'habitants ». Parmi les premiers résultats de l'enquête, on constate que certaines plantes emblématiques étaient bien connues pour leurs vertus thérapeutiques, telle l'ortie, le nombril de vénus ou la ronce. « De nombreuses plantes étaient usitées jadis, il y a un vrai potentiel de savoirs botaniques à recréer. Et les recherches à ce sujet sont loin d'être finies ! Nous découvrons au fil du temps de nouveaux usages », affirme Viviane Carlier.
Renouer avec les usages du passé
Le collectage, couplé à un travail de recherche documentaire et d'identification des plantes grâce aux botanistes, permettra de constituer une base de données utile à tous et de renouer avec les usages du passé. « La connaissance des vertus médicinales des plantes et leurs usages, de tradition orale, se sont perdus au fil du temps », indique Viviane Carlier. « Dans notre société de consommation, nous ne faisons plus grand chose nous-mêmes,et nous dépendons beaucoup de l'industrie, alors qu'il serait possible d'utiliser des plantes qui sont à notre portée », regrette-elle. « Avec Flora Armorica, nous espérons pouvoir remettre ces savoirs-faire au goût du jour. Nous voulons contribuer à leur conservation grâce aux jeunes générations ». Afin de sensibiliser le public à l'importance de la préservation de ce patrimoine, Flora Armorica a choisi d’éditer un manuel numérique de l'ethnobotaniste breton, disponible en téléchargement gratuit. Un film documentaire de 25 minutes pour présenter le réseau et son activité d'ethnobotanique est également en préparation. Par la suite, toutes ces connaissances et savoirs-faire ancestraux seront restitués au grand public, grâce à des sorties botaniques, publications d'ouvrages, ou encore des formations. De quoi « remettre l'homme en relation avec le végétal », selon la volonté des membres du réseau !